Le secteur non-hospitalier de la santé mentale a reçu quelques masques des Régions, ce qui leur offre un répit temporaire, mais les hôpitaux psychiatriques sont les grands oubliés ! Ni le fédéral ni les régions n’ont prévu de leur livrer du matériel de protection.
Ni masques, ni blouses de protection, ni rien en fait.
Or, comme ils n’en ont pas besoin en temps normaux, puisqu’ils ne traitent pas de pathologies le justifiant, ils n’ont pas – ou quasiment pas – de stocks, et vu la pénurie mondiale, ne savent s’en constituer. Certains en ont quelques centaines, mais pour beaucoup, cela se compte en dizaines. Les besoins, eux, s’évaluent en milliers !
Certains hôpitaux psychiatriques sont liés à un hôpital général qui, en fonction de ses moyens propres, extrêmement limités vu la pénurie qu’il doit gérer lui aussi, lui fait l’aumône de quelques masques. Est-ce là une solution ? Certainement pas ! Parce que se partager les miettes d’un gâteau reste un partage de misère… Par ailleurs , cette proximité d’un hôpital général a l’effet pervers que le personnel des hôpitaux psy voit de ses propres yeux que leurs collègues de l’hôpital général sont malgré tout en moins mauvaise posture.
Il faut aussi bien se dire que lorsqu’on n’a pas de masques en suffisance pour tout le personnel exposé, on ne sait même pas lui donner le peu qu’on a ! Car comment expliquer à un travailleur qu’il n’aura pas de masque, ou qu’il n’en aura plus demain, alors que son collègue, dans la même unité, en a ou en aura ?
Santhea n’a de cesse de relayer leur demande de matériel de protection, mais ils ne sont pas considérés comme prioritaires… Et pourtant ! Ils ont l’obligation de garder en leur sein, en confinement, les patients Covid-19 positifs. Cela signifie qu’une bonne partie du personnel est de facto en contact avec le virus au quotidien, sans protection, ou avec un simple masque chirurgical dans les meilleurs cas. Résultats? Les hôpitaux psychiatriques doivent souvent gérer la panique d’une partie du personnel, et le taux d’absentéisme est en hausse.
À tout cela s’ajoute le fait que certains patients psychiatriques éprouvent beaucoup de difficultés à appliquer -voire même à comprendre – les mesures d’hygiène Covid-19, ainsi que le fait que l’objectif même des consignes de confinement leur est parfois difficilement appréhendable . Tout cela augmente évidemment sensiblement les risques d’une contagion.
Les médecins eux-mêmes sont en mauvaise posture : les médecins généralistes (très peu nombreux à travailler avec les hôpitaux psy) ont, pour rappel, reçu consigne de ne pas entrer en contact avec les patients Covid-19 positifs, et de ne communiquer avec eux que par téléphone. Vous admettrez qu’avec des patients psychiatriques, c’est loin d’être idéal. Par ailleurs, les médecins psychiatres ne sont pas drillés aux traitements somatiques. Pour couronner le tout, il n’y a aucun monitoring des cas Covid-19 dans les hôpitaux psychiatriques. Cela signifie qu’un écho ne sera donné que lorsque la situation sera grave. C’est-à-dire trop tard.
La situation reste gérable pour l’instant grâce à l’impressionnant dévouement du personnel des hôpitaux psychiatriques et grâce au fait qu’aujourd’hui, aucun foyer épidémique n’y a été identifié.
Mais s’il n’est pas encore trop tard, il est plus que temps d’agir. Gérer c’est anticiper. Il faut anticiper. Maintenant.
Le degré de civilisation et d’humanisme d’une société se mesure notamment à la manière dont elle prend en charge ses citoyens les plus vulnérables.
