Un mois sans alcool, et tous les autres avec modération !

Depuis 2017, la Tournée minérale met les Belges au défi de ne plus consommer une goutte d’alcool durant tout le mois de février. Initialement crée par la Fondation contre le Cancer, c’est désormais l’ASBL « Univers santé » qui pilote la campagne. Au-delà de ses aspects ludiques, ce challenge permet surtout de se questionner sur ses habitude de consommation. Pour l’occasion, les Docteurs Bernadette Scoman et Benjamin Delaunoit, tous les deux médecins au Centre régional psychiatrique Les Marronniers, évoquent la thématique et informent quant aux conséquences de la consommation d’alcool sur la santé.

Une consommation élevée, trop risquée

En 2017, l’ Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) publia son rapport « Panorama de la Santé 2017 » qui nous apprenait que la Belgique se trouvait, alors, en première position du classement mondial concernant la consommation d’alcool avec une moyenne de 12,6 litres consommés par habitant au cours de l’année. Par ailleurs, il révéla également que la consommation d’alcool des Belges n’a fait qu’augmenter depuis 2000. Le dernier rapport de l’organisme à ce sujet, paru en 2019, communique, quant à lui, des chiffres moindres avec une moyenne redescendue à 10,4 litres par habitant belge. Le chiffre restant tout de même trop haut, il est très important de sensibiliser et d’informer le grand public au sujet de ce plaisir simple qui peut rapidement devenir une dangereuse addiction.

Bien que depuis mars 2020, il n’y ait pas eu beaucoup de rencontres familiales et amicales, ce sont, en temps normal, les moments privilégiés pour consommer des boissons alcoolisées. À l’apéritif, pour accompagner le repas et parfois même en guise de digestif, elles sont souvent considérées comme des bons compagnons de soirées festives. Cependant, il arrive que l’alcool s’invite parfois un peu trop souvent à table et, dans certains cas, même devenir un type de boisson consommé quotidiennement.  Mais, comment savoir si sa consommation d’alcool a basculé dans la dépendance ? Le Dr Bernadette Scoman, alcoologue et médecin coordinateur du programme alcool du CRP Les Marronniers donne une définition simple « Une personne bascule dans la dépendance lorsqu’elle perd la liberté de s’abstenir de boire de l’alcool. Concrètement, lorsqu’une personne n’est plus capable de dire « Non, je ne bois pas aujourd’hui. », que cela devient insurmontable et que tout un processus psychologique se met en place se traduisant par des ruminations et des obsessions, nous pouvons alors considérer que la personne souffre d’une dépendance à l’alcool. »

Des risques graves pour la santé

Une consommation d’alcool élevée peut engendrer de graves problèmes de santé. Les spécialistes attribuent, en effet, à la consommation excessive d’alcool l’apparition de plus de 200 maladies dont de nombreux cancers. Le Dr Scoman quantifie d’ailleurs la limite à ne pas dépasser pour préserver sa bonne santé. « Idéalement, il faudrait se tenir à 10 unités d’alcool par semaine avec minimum deux jours d’abstinence consécutifs. une fois que cette dose est dépassée, la santé est clairement mise en danger. Cependant, il faut garder à l’esprit que nous courrons un risque pour notre santé dès l’absorption du premier verre. L’alcool est et reste une substance toxique pour l’organisme. »

La consommation d’alcool est un phénomène qui se développe de plus en plus tôt chez les jeunes. Ces dernières années, nous avons d’ailleurs vu apparaître des phénomènes particuliers d’alcoolisme comme le binge drinking, une pratique consistant à boire très rapidement une grande quantité d’alcool. « L’alcool est aussi devenu une problématique chez les jeunes. La façon de boire et la substance consommée varient en fonction de l’âge. Les gens de plus 40 ans se tournent plutôt vers le vin, le rhum, le whisky, etc. tandis que les jeunes se tournent plutôt vers la bière. Le problème est que cette consommation commence très tôt et qu’elle devient plus fréquente au cours des études supérieures, pouvant conduire à une addiction à l’alcool. »

Du fait de la banalisation de l’alcoolisation excessive au cours des jeunes années, les étudiants ne sont que très peu conscients des effets néfastes que cette consommation peut avoir sur leur santé. « Nous ne voyons que très peu de jeunes dans nos consultations car ils ne prennent généralement pas conscience de leur problème. Cependant, dans certains cas, nous traitons des jeunes de 24-25 ans qui présentent parfois une polytoxicomanie associant différentes substances addictives comme le cannabis, la cocaïne, etc. ou d’autres jeunes ayant déjà derrière eux 7 à 8 années de consommation d’alcool. Mais généralement, c’est un mal dont ils ne prennent conscience que très tardivement. »

Selon le Dr Scoman, il est très important que les médecins, peu importe leur spécialité, puissent faire du repérage de la problématique alcool chez le patient. « Il y a une méconnaissance du monde médical concernant la consommation de l’alcool. Par exemple, beaucoup de gens boivent deux à trois verres de vin le soir après le boulot… C’est une habitude qui devient vite banale. »

Un programme inédit dédié à l’alcoolisme

Lorsque la consommation d’alcool devient une vraie problématique, impactant négativement la santé et la vie de la personne, elle peut alors se tourner vers des professionnels de la santé formés vis-à-vis de la thématique pour en parler et pour débuter une prise en charge. En 2019, le CRP Les Marronniers a d’ailleurs mis en place un programme pluridisciplinaire destiné à la prise en charge globale de l’addiction à l’alcool. Le Dr Delaunoit, médecin-chef au CRP Les Marronniers, explique les raisons de la création d’un tel programme : « Ce que nous souhaitions, c’est à la fois proposer une consultation en alcoologie tout en ayant une approche multidisciplinaire. » Ce programme s’articule, en effet, autour de plusieurs spécialités médicales différentes. « C’est donc le médecin-alcoologue, le Dr Scoman, qui coordonne ce programme et à côté de cela, nous avons beaucoup d’autres intervenants médicaux dont des psychiatres, un neurologue et un gastroentérologue, internes à l’établissement, ainsi que des intervenant paramédicaux, qui complètent cette prise en charge. C’est cette diversité de compétences et de spécialités qui rend notre programme plutôt original. »

Cette approche pluridisciplinaire et innovante offre de nombreux avantages dont celui de pouvoir prendre en charge un patient ayant effectué, par exemple, une visite médicale, qui a mis en évidence une pathologie en lien avec une consommation excessive d’alcool, mais aussi de traiter ces pathologies grâce à la prise en charge pluridisciplinaire. « En fait, au travers de notre programme, nous prenons en charge des patients venant d’une consultation spécialisée (en neurologie par exemple) et pour laquelle la problématique de l’alcool a été identifiée, ou des patients qui, à l’inverse, viennent chez nous en psychiatrie ou en consultation alcoologie et que nous orientons vers une mise au point en gastroentérologie avec des examens divers et surtout thérapeutiques. Le CHwapi est également partenaire de notre programme alcoologie. Certains patients hospitalisés au CHwapi pour des problèmes somatiques hépatiques ou gastroentérologiques, en lien avec l’alcool, sont donc redirigés chez nous pour la suite. C’est une réelle et précieuse collaboration. C’est sans nul doute, beaucoup plus efficace de travailler ainsi, de manière coordonnée. », détaille le Dr Delaunoit.

Les soignants ne sont cependant pas les seules personnes à devoir collaborer. En effet, les patients jouent également un rôle actif dans ce type de prise en charge. Le Dr Delaunoit tient d’ailleurs à souligner le fait que pour que les patients intègrent ce programme, ils doivent se montrer motivés et ne doivent pas être contraints à y participer. « Pour assurer la réussite d’une prise en charge au travers de ce programme, il doit y avoir une collaboration étroite entre les patients et les soignants. La motivation du patient est primordiale et de ce fait là, nous n’incluons pas d’office des gens au sein de celui-ci. »

Une stratégie efficace, des résultats probants

Le programme dispose d’une échelle de prise en charge à plusieurs niveaux. Ainsi, lorsque la prise en charge en ambulatoire ne suffit plus, le patient pourra alors être hospitalisé. Un procédé qui selon le Dr Delaunoit, permet de s’adapter au maximum aux besoins des patients. « Nous nous devons de proposer la bonne offre de soins pour chaque situation, chaque cas est particulier, chaque moment, chaque situation nécessitent une offre spécifique qui peut déboucher, en collaboration étroite avec le patient, sur un trajet de soins adéquat. Si, par exemple, un patient ambulant se rend à la consultation d’alcoologie et que sa situation clinique nécessite une hospitalisation, celle-ci peut être organisée, si au cours de cette hospitalisation, une situation de crise se produit, l’intensité des soins peut être augmentée grâce à l’hospitalisation en unité de crise. De même, le même patient, à d’autres moments de son parcours, peut être dans une situation clinique qui ne nécessite absolument pas une hospitalisation mais plutôt suivi ambulatoire, par exemple par une équipe mobile. Le programme est donc souple et individualisé, il consiste en d’innombrables possibilités de trajets de soins. L’inclusion dans l’un de ces trajets de soins est le résultat d’une concertation multidisciplinaire, coordonnée par le médecin alcoologue et le case manager. »

Après un peu plus d’un an d’existence, le programme pluridisciplinaire d’alcoologie mené par le CRP Les Marronniers affiche d’ores et déjà de bons résultats. « La motivation du patient associée à la prise en charge pluridisciplinaire et au suivi personnalisé du médecin alcoologue est une combinaison qui fonctionne et qui porte ses fruits. »

Pour toutes informations complémentaires au sujet du programme d’alcoologie du CRP Les Marronniers, rendez-vous ici : https://www.marronniers.be/des-consultations-en-alcoologie

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