Résolution numéro 2 : Gérer son stress au quotidien

Après les derniers mois très compliqués que nous venons de vivre, il est plus que jamais important de démarrer cette nouvelle année 2021 sur de bonnes bases. Prendre soin de sa santé physique et psychique doit demeurer l’ultime priorité. Quels que soient vos objectifs, vous pouvez compter sur les professionnels de la santé pour vous aider à les atteindre. Aujourd’hui, c’est le Docteur Nicolas Clumeck, Directeur médical au Domaine, et David Vandenbosch, psychologue et co-fondateur de la Clinique de la gestion du stress et du burn-out du Domaine, qui, au-delà de vous éclairer quant aux impacts du stress sur la santé et le bien-être, vous donnent quelques conseils pour l’éviter.

De la petite consultation à la clinique dédiée

La Clinique de la gestion du stress et du burn-out du Domaine a officiellement débuté ses activités en 2015. L’équipe pluridisciplinaire est composée de deux psychiatres, sept psychologues et deux kinésithérapeutes, une spécialisée dans l’hypnose et la relaxation, l'autre dans le biofeedback[1]. C’est le Docteur Nicolas Clumeck et David Vandenbosch qui, ensemble, ont pensé et créé ce centre inédit. « Il y a 14 ans, lorsque nous travaillions à l’hôpital Erasme, David Vandenbosch et moi, nous avions une toute petite consultation dédiée au stress. De là, nous nous sommes dit que lorsque nous en aurions les moyens et que l’occasion se présenterait, nous ouvririons une clinique dédiée à la problématique. Lorsque je suis devenu Directeur médical au Domaine, je devais lancer des projets et l’une de mes missions était d’améliorer le service rendu à la population, en apportant une vision différente par rapport à l’hôpital psychiatrique. J’ai donc sauté sur l’occasion et décidé de mettre sur pied cette clinique. Le but est d’accompagner des patients atteints d’une souffrance psychique mais qui ne doivent pas nécessairement être hospitalisés. La spécificité de la clinique du stress, c’est que nous prenons en charge des personnes qui n’ont pas nécessairement une pathologie psychiatrique lourde mais qui du fait d’un trait de personnalité particulier, comme le perfectionnisme par exemple, et un climat de travail stressant, vont développer un burn-out. Cela dit, nous accueillons également des patients qui ont une certaine vulnérabilité, comme des épisodes de dépression ou un trouble anxieux, qui peuvent favoriser un burn-out. Pour ma part, j’ai également vu un intérêt scientifique à ouvrir cette clinique car lorsque je travaillais encore à l’hôpital Erasme, j’ai commencé à faire une recherche sur un modèle de stress et l’apparition d’une dépression liée aux conditions de travail. J’y voyais donc un réel intérêt intellectuel. » confie le Docteur Clumeck. « À la base je donnais des formations en entreprise sur la gestion du stress et je remarquais qu’après les deux jours dispensés, certaines personnes repartaient toujours aussi stressées. À côté de cela, je remarquais que mes patients développaient, d’un coup, des nouveaux symptômes tels que des crises de panique et beaucoup d’anxiété, qu’ils n’avaient pas auparavant. Tous ces événements m’ont interpellé et c’est en échangeant avec le Docteur Clumeck à ce sujet, que nous avons pu mettre au point un suivi alliant nos points forts et nos domaines d’expertise. » complète David Vandenbosch.

Au fil des années, la clinique en question s’est construit une belle réputation en la matière et attire désormais de plus en plus de personnes en détresse. Selon le Docteur Clumeck, ce succès peut s’expliquer d’une part par le besoin de plus en plus grandissant de la population à accéder à ce type de prise en charge et, d’autre part par la bonne collaboration entre les médecins généralistes et les soignants du centre. « Au départ, nous n’avions aucune visibilité étant donné que cette activité n’existait pas. En cinq ans, nous avons progressivement augmenté notre activité pour atteindre, aujourd’hui, le nombre de 3000 consultations par an, ce qui représente 25% du nombre total de consultations de l’établissement. Est-ce à cause de la demande plus importante ou est-ce dû à notre travail en réseau avec les médecins généralistes ? Je pense que c’est un peu un mélange des deux. Les chiffres et les statistiques de l’INAMI par exemple montrent bien qu’il y a de plus en plus de personnes en souffrance, notamment à cause de leur travail, car la part du stress y est de plus en plus importante. Cela engendre de l’absentéisme lié à une dépression ou un burn-out. Par ailleurs, par la pratique, nous remarquons qu’effectivement, il y a une souffrance liée au travail et ce dans différents secteurs dont celui de la santé, du bancaire, du pharmaceutique et de l’enseignement. »

Le stress, ennemi ou allié ?

Dans le monde occidental dans lequel nous vivons, le stress fait partie intégrante de notre quotidien. Face à un rythme de vie et de travail surchargé ainsi qu’aux événements indésirables qui peuvent survenir, le stress peut apparaître et s’installer de manière durable s’il est peu ou mal géré. Avant d’évoquer les effets néfastes du stress sur la santé, il est important de le définir et d’en distinguer ses variantes. « D’un côté, nous avons la réaction de stress qui est la mobilisation de l’organisme pour résoudre des tâches et des problèmes courants. Ce n’est ni négatif, ni positif. D’un autre côté, nous avons le stress chronique qui se traduit par un état de stress permanent. Concrètement, c’est l’organisme qui nous donne de l’énergie en continu pour résoudre toutes sortes de choses mais, quelle que soit l’énergie mise à disposition, les problèmes ne se résolvent pas. Les mails ou les conflits relationnels vont continuer d’arriver et tout cela va mener au développement du stress chronique qui, à terme, aura des conséquences néfastes sur l’organisme constamment activé. » explique David Vandenbosch.

Une exposition permanente ou du moins régulière au stress peut en effet avoir des conséquences à court et à long terme sur notre organisme. Les symptômes du stress chronique vont cependant varier d’une personne à l’autre et peuvent ainsi se traduire par la dégradation de la santé physique, émotionnelle et/ou cognitive de celle-ci. « Il y a plusieurs niveaux de conséquences. Premièrement, nous avons les conséquences physiques où le corps va petit à petit se fatiguer et des douleurs musculaires vont apparaître. De plus, une baisse d’immunité est également possible, ce qui engendre des petites maladies fréquentes. À long terme, des problèmes cardiovasculaires peuvent également survenir. Deuxièmement, nous avons des conséquences émotionnelles, avec une irritabilité exacerbée, le sentiment d’être plus vite ému(e) ou effrayé(e) par quelque chose. Certaines personnes peuvent même faire des crises de panique alors qu’elles n’en avaient jamais eu auparavant. Enfin, nous avons les conséquences cognitives avec une baisse de concentration et des pertes de mémoire. » détaille David Vandenbosch.

Quand la pression devient trop forte

Depuis plusieurs années, nous parlons de plus en plus de burn-out. Ce syndrome d’épuisement professionnel est une véritable problématique qui entraine un taux d’absentéisme non négligeable sur le lieu de travail. « Le burn-out est une conséquence du stress chronique où différents mécanismes vont se mettre en place pour lui faire face. Comme la personne est activée de manière très forte au niveau des émotions, elle va créer un blindage émotionnel. La personne va donc prendre de plus en plus de distance par rapport à ses émotions, qu’elles soient positives ou négatives. Elle évite délibérément toutes sources de stress ou d’émotion. Elle aura tendance à s’éloigner de son entourage et à ne plus exercer ses activités, même de loisir. De plus, la personne aura également tendance à baisser ses attentes et à adopter une position plus réaliste. Elle perd ainsi toute sa motivation et l’envie de mettre des choses en place. Petit à petit, la personne va se vider de sa substance et de ce qui lui donnait de l’énergie. » décrit David Vandenbosch.

Cependant, bien qu’il soit généralement associé au monde du travail, le burn-out est aujourd’hui un syndrome étudié dans bien d’autres domaines que celui-là. En effet, l’épuisement peut être associé aux tâches de la vie courante et cela peut ainsi mener à un syndrome d’épuisement général, comme l’explique le Docteur Clumeck. « Le stress, qu’il soit dû à des facteurs privés ou professionnels, peut mener à un épuisement émotionnel et physique, qui peut se transformer, à termes, en burn-out. Ces quarante dernières années, nous avons beaucoup étudié le burn-out professionnel mais maintenant, nous réfléchissons de manière plus large et nous étudions les autres formes de burn-out tels que le burn-out parental ou le burn-out global par exemple. Pour l’instant, nous menons une étude au Domaine destinée à mieux distinguer les facteurs de stress privés versus les facteurs professionnels qui amènent à un burn-out, traité au sein de notre clinique. Ainsi, nous nous rendons effectivement compte qu’il y a des facteurs privés qui peuvent prédominer. L’étude n’est pas terminée, mais nous nous posons la question de savoir si cette composante privée n’est pas plus importante chez les femmes que chez les hommes car elles ont tendance à gérer beaucoup de choses en privé en plus de leur carrière professionnelle. Dans tous les cas, le terme de burn-out professionnel est une question de vue d’esprit. »

 Gérer son stress : oui… mais comment ?

Les causes de stress étant propres à chacun, les techniques et les bonnes pratiques à mettre en place pour le gérer sont diverses et varient en fonction des problématique rencontrées. Cela dit, David Vandenbosch tient tout de même à donner quelques conseils sous forme de réflexes universels, bons à adopter pour se ménager. « Je conseille souvent aux personnes qui reprennent le travail de faire le point plusieurs fois par jour pour voir s’ils ne sont pas de nouveau dans l’urgence. Car le problème du stress et de son développement c’est justement de se sentir constamment dans l’urgence. Par ailleurs, en fin de journée, lorsque les activités professionnelles, sportives, amicales ou autres sont terminées, il faut pouvoir s’accorder un temps mort, qui devrait plutôt être un temps de vie en fait. »

Selon David Vandenbosch, il est également important de pouvoir identifier les sources de stress et de poser ses limites lorsque cela s’avère nécessaire. « ll peut être intéressant de faire un bilan de fin de journée pour mesurer son taux d’anxiété, son niveau de motivation et de saturation par exemple. Il faut également pouvoir se demander si les limites ont été posées et s’il y a eu une pression extérieure au cours de la journée. De cette manière, il sera plus simple lorsqu’un épisode de stress survient, de comprendre à quoi cela est dû et ainsi d’agir en conséquence. »

Dans le monde hyperconnecté dans lequel nous évoluons quotidiennement, il est essentiel, selon le psychothérapeute, de limiter ses réunions par semaine et surtout de couper tout lien avec son activité professionnelle en dehors de ses heures de travail. « Nous avons tous beaucoup de réunions, qui se tiennent de plus en plus en visioconférence maintenant, mais il faut pouvoir mesurer son niveau de saturation. Il ne faut pas hésiter à en enlever, pour pouvoir avoir un horaire qui respire un peu et surtout qui permet de rattraper du temps sur d’autres matières. »

Depuis plusieurs mois, de nombreux travailleurs se sont, en effet, retrouvés en télétravail. Cette nouvelle organisation de travail n’est pas toujours simple à gérer. Pour ne pas perdre en motivation et garder le cap, quelques petits rituels, là aussi simples et efficaces, sont bons à mettre en place : « Tout d’abord, il est primordial de pouvoir trouver la bonne limite entre la vie professionnelle et la vie privée. Je propose aux patients de mettre des vêtements de travail, même s’ils sont chez eux et d’aménager un espace dédié à leur activité professionnelle. En revanche, en fin de journée, je leur suggère de se changer pour se remettre en tenue civile. De plus, je leur conseille également de ne pas traiter leurs mails en continu, tout au long de la journée, mais de se fixer des plages horaires dédiées à cette tâche, en début et fin de journée. Il est également important de s’accorder des moments dans la journée consacrée à un seul type d’activité où ils ne seront pas dérangés toutes les deux minutes. Par ailleurs, il faut éviter les recoupements entre les réseaux professionnels et les réseaux personnels. Par exemple, il faudrait éviter de prêter attention aux notifications personnelles durant ses activités professionnelles et à l’inverse, éviter d’activer ses notifications liées au travail en dehors de ses heures. Sans cela, le cerveau ne se met jamais en mode repos et il risque d’activer le circuit du stress. Il n’y a pas de règle générale et absolue mais il faut apprendre à gérer tous ces outils. Enfin, j’encourage les patients à maintenir au maximum leurs activités sportives et leurs loisirs, c’est important. »

Pour conclure, le Docteur Clumeck souhaite réinsister sur la nécessité de dissocier sa vie privée de sa vie professionnelle pour maintenir un équilibre essentiel à sa santé et son bien-être. « En période COVID et avec le télétravail qui en découle, ainsi qu’avec la digitalisation omniprésente, il est encore plus important de trouver un bon équilibre vie privée/vie professionnelle. Par exemple, il faut pouvoir couper son ordinateur et se fixer des horaires précis. Les personnes perfectionnistes et investies dans leur travail, qui me consultent, ont tendance à dépasser ces horaires. Même si vous avez l’impression de ne pas avoir tout fait, il faut pouvoir maintenir une certaine discipline et s’arrêter malgré tout. L’autre conseil que je donne, notamment lorsque la personne s’aperçoit qu’elle dort de moins en moins bien et que malgré un week-end où elle a pu bien couper elle se sent toujours très fatiguée avec une irritabilité et un trouble de la concentration, elle doit s’alerter car cela peut signifier un état de pré-burn-out. Elle doit en parler à son médecin généraliste, voir un psychologue ou venir dans une clinique spécialisée par exemple, sans pour autant voir le psychiatre. Il vaut mieux prévenir que guérir ! Il faut se faire aider avant d’être en burn-out car une fois le burn-out présent, le patient va mettre des mois et des mois pour récupérer. Il faut être attentif aux signes annonciateurs qui se déclarent des mois voire même des années avant le réel développement du burn-out. Il faut être au maximum à l’écoute de son corps. »

David Vandenbosch souligne, quant à lui, l’importance de trouver des occupations bienfaisantes destinées à vous préserver du stress. « La pratique de la relaxation, de la pleine conscience, du yoga, d'un sport, en fait toute pratique qui vous convient et vous apporte de la satisfaction et de l'énergie sont des plus pour s'outiller et se préserver face au stress. Il importe pour tout un chacun de mettre en place une écologie personnelle qui respecte entre autres son équilibre personnel, professionnel et interactionnel. »

Si vous ou l’un de vos proches ressentez le besoin de vous faire accompagner dans la gestion de votre stress, n’hésitez pas à prendre contact avec les soignants de la clinique du stress du Domaine. Pour toute information complémentaire la concernant, rendez-vous sur le site : https://www.cliniquedustress-domaine.com/clinique.

[1] « Le biofeedback fait référence à plusieurs techniques basées sur la mesure des fonctions organiques, le but étant d’apprendre à les contrôler afin d’améliorer sa santé. ». Définition issue du site Passeport santé.

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