Les jardins thérapeutiques, petits coins de paradis au cœur des hôpitaux !

Espace de détente, de jeux ou encore de rencontres, le jardin est devenu un espace de vie à part entière. Ces espaces verts embellissent les habitations et depuis quelques années, fleurissent au cœur des hôpitaux. Bien plus que des simples jardins, les jardins thérapeutiques mettent la beauté de la nature au service de la santé et du bien-être des patients.

Au plus proche de la nature

Ce mardi 15 septembre, le Centre Hospitalier Régional Sambre et Meuse inaugurait le jardin thérapeutique de son service de pédiatrie à Namur. Alliant tous les charmes de la nature, il se veut être un espace de découverte et de partage pour les petits patients. « Au départ, nous voulions permettre aux enfants de redécouvrir la nature et l’environnement mais nous voulions surtout les faire sortir du service de pédiatrie. », explique Yves Nicolay, infirmier en chef de la pédiatrie et responsable du projet.

Au départ cantonné à deux petits carrés de potager, l’équipe de Pédiatrie a saisi l’opportunité de transformer ces petites parcelles en véritable jardin thérapeutique. « Le projet a très vite pris de l’ampleur car en juillet 2019, nous avions répondu à un appel à projets de la province de Namur sur la biodiversité et en janvier 2020 nous recevions déjà une subvention (de 1152€) pour le concrétiser. Deux mois plus tard, la société Ecosem est venue faire la plantation d’arbres fruitiers et l’installation d’hôtels à insectes. La boucle était donc bouclée. »

Crédit photo : CHR Sambre & Meuse

Semer quelques graines

Le jardinage est une activité extrêmement bénéfique pour les enfants. Mêlant activité physique et apprentissage, le jardinage éveille les sens et développe la capacité d’observation, c’est donc une activité parfaite pour occuper les plus jeunes de manière ludique et stimulante. « Tous les jours les enfants descendent au potager pour entretenir les plantations, voir ce qui a poussé, ce qui peut être récolté, etc. Ils ont de réelles activités de jardinage. Cela leur permet de sortir, de prendre l’air et surtout d’apprendre des choses sur les aliments qu’ils consomment. C’est un moment qu’ils apprécient car ça les sort de la routine journalière de leur hospitalisation. » De plus, le jardin dispose également d’un coin dédié aux activités sportives. « Au sein de ce jardin, nous faisons également découvrir certains sports aux enfants. Ainsi, ils peuvent jouer au badminton ou à la pétanque par exemple. »

Aujourd’hui, ce jardin est n’est plus uniquement réservé aux enfants. En effet, il est devenu un lieu d’échanges, de rencontres et de partage ouvert à l’ensemble des travailleurs de l’hôpital ainsi qu’aux visiteurs. Il s’est d’ailleurs révélé extrêmement précieux lorsque la cafétéria a été contrainte de fermer ses portes pour plusieurs jours. « Au début de la crise COVID-19, la cafétéria a dû être fermée. Pour pallier cette situation, l’institution a pris la décision d’acheter plus de tables de pique-nique et de les répartir dans le jardin. C’est vraiment devenu un lieu convivial, aussi bien pour les enfants que pour les adultes. »

À peine inauguré, Yves Nicolay semble avoir de nouvelles ambitions pour cet espace déjà très riche et souhaite même y inclure d’autres services de l’établissement. « Dans un premier temps nous souhaitons continuer notre développement et nous allons monitorer les besoins des gens et des enfants. Dans les années à venir, pourquoi pas collaborer avec le service de la gériatrie et ainsi installer des jardins surélevés pour que les personnes âgées puissent y aller et s’occuper. » 

Les pouvoirs de l’hortithérapie

La nature fascine et émerveille, mais a-t-elle le pouvoir de soigner ? C’est en tout cas ce qu’affirment certains scientifiques. En 1982 déjà, une étude américaine parue dans la Science, a affirmé qu’un patient disposant d’une vue sur un jardin se rétablit beaucoup plus vite qu’un patient disposant d’une vue sur un parking par exemple. Quelques années plus tard, en 1986, deux autres scientifiques, Ulrich et Simons, se sont associés et ensemble ont démontré que la simple vue de plantes pouvait diminuer les symptômes liés au stress. C’est ainsi que l’hortithérapie est née.

Convaincus des bienfaits de l’hortithérapie sur les patients, notamment ceux atteints de troubles psychiques, les Hôpitaux Iris Sud (HIS) disposent de plusieurs espaces verts exclusivement consacrés à la thérapie, répartis sur leurs différents sites. Tout est parti de l’initiative du Dr Desmedt, chef du service de Psychiatrie. « Tout cela a commencé il y a quelques années, lorsque j’ai eu l’idée d’installer des carrés potagers dans le petit jardin qui est au milieu de l’unité de psychiatrie. En fait, nous l’avions créé un peu clandestinement et il a fini par être reconnu par l’institution. Quatre-cinq ans plus tard, la direction a décidé d’aménager une surface laissée à l’abandon pour en faire un vrai jardin thérapeutique. »

Selon le Dr Desmedt, ce travail de la terre offre de nombreux bénéfices à ses patients dont celui de retrouver le rythme de la nature. « Selon moi, le jardinage est une activité intéressante par son inscription dans le temps, étant donné qu’il faut non seulement prendre le temps de le faire mais également de respecter le fil des saisons. De plus, les patients qui sont présents aujourd’hui récoltent le travail de ceux qui les ont précédés et travaillent pour ceux qui vont les suivre. C’est quelque chose de très important. ». Par ailleurs, fait assez surprenant, cette activité peut faire office de madeleine de Proust pour certains patients : « Ce qu’il y a d’extraordinaire avec les potagers, c’est qu’ils rappellent des souvenirs d’enfance aux gens, qui bien souvent ont une grand-mère, un père, une mère qui cultivaient des plantes et des légumes. C’est vraiment une activité très intéressante et riche car nous avons des patients qui viennent du Maghreb et d’Afrique et qui nous racontent comment cela se passait dans leur pays d’origine. Ces moments créent des échanges importants. »

Évoluer, réfléchir, se recueillir… en plein air

D’autres services de l’hôpital se sont également approprié le jardin thérapeutique du site de Molière Longchamp et ce, pour divers usages. Ainsi, les kinésithérapeutes des services de revalidation, par exemple, s’y rendent avec leurs patients dans le cadre de leur rééducation. « À certains endroits le sol a été aménagé de sorte à recréer les difficultés de parcours rencontrées dans la vie quotidienne. Il y a une aire avec des pavés différents, des sols de configurations diverses, des marches à franchir, etc. À l’avenir nous souhaitons développer avec les kinés, une aire exclusivement dédiée à l’exercice physique. »

De temps à autres, le jardin thérapeutique s’ouvre également au grand public. En effet, les habitants du quartier, les patients et leurs familles sont régulièrement invités par HIS à prendre part à des conférences participatives au cœur de cet espace idyllique. Malheureusement, la crise sanitaire actuelle suspend ces rencontres. « L’idée des conférences du Jardin de la pensée, c’est d’introduire des thèmes qui ont un rapport avec la santé, la cité et le jardin. C’était ouvert à qui était intéressé. Nous avons eu des patients du service de psychiatrie, des professionnels de l’hôpital et d’ailleurs, comme des gens du quartier. Ce qui était bien, c’est que nous avions des échanges où tout le monde était sur le même pied d’égalité et pouvait participer. Nous espérons pouvoir reprendre cette activité au printemps prochain. »

Crédit photo : Utopix-HIS

À l’heure où la crise du coronavirus sévit toujours, HIS a décidé de ne pas oublier et de rendre hommage aux membres du personnel qui ont succombé au coronavirus. L’établissement inaugure donc, cette semaine, plusieurs espaces de recueillement dont un, en plein cœur du jardin thérapeutique. « Il y a aura des espaces de recueillement sur chacun des sites. Celui de Molière est situé dans le jardin thérapeutique. Ce sont des lieux qui sont destinés à permettre à celui qui le veut, de venir pour un moment méditatif, de recueillement, de pensée. Nous les avons créés car l’hôpital a été fort impliqué dans la crise. D’ailleurs, au plus fort de celle-ci, nous avions tout de même une centaine de patients hospitalisés. Cela impliquait beaucoup de personnel et certains d’entre eux sont tombés malades et ont dû être hospitalisés. Une infirmière et deux médecins en sont décédés. Cette période a vraiment été très particulière pour l’hôpital car tout était centré sur la COVID-19. Tout cela a vraiment été très marquant et nous avons voulu en garder une trace. Nous ne voulions pas réaliser un monument aux morts mais plutôt un signe de vie. » souligne le Dr Desmedt.

Nichés au sein même des bâtiments hospitaliers, les jardins thérapeutiques sont de réelles bulles d’oxygène offertes aux patients. De plus en plus considérés comme de réels bienfaiteurs par les professionnels de la santé, ils sont voués à s’étendre et à offrir un espace de détente, d’apprentissage ou encore d’épanouissement à toutes les personnes qui y pénètrent.

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