Les bactéries : ennemis microscopiques mais redoutables des hôpitaux !

Les maladies nosocomiales constituant un réel danger pour les patients, les hôpitaux appliquent des politiques d’hygiène hospitalière de plus en plus rigoureuses. Cette problématique est désormais indissociable du monde médical et des équipes entières sont dédiées à l’établissement de programmes de prévention et de contrôle des infections contractées en milieu hospitalier. Sciensano s’est penché sur la qualité de ces programmes, l’occasion pour nous d’en analyser les résultats et de s’entretenir avec des professionnels qui, sur le terrain, veillent en permanence sur la qualité des soins et la sécurité des patients.

La transparence est de mise depuis 2015

Sciensano, le centre fédéral de recherche sur la santé, vient de dévoiler sa nouvelle étude concernant l’hygiène hospitalière au sein des hôpitaux belges. Basée sur une série d’indicateurs développée par la plateforme fédérale d’hygiène hospitalière (qui fait partie de la Belgian Antibiotic Policy Coordination Commission), elle permet aux établissements hospitaliers d’atteindre un objectif général : la définition, la hiérarchisation et la mise en œuvre des stratégies et des interventions de prévention des infections liées aux soins afin d’en améliorer leur qualité. Par ailleurs, l’Arrêté royal du 27 janvier 2015 mentionne l’obligation pour les hôpitaux belges de suivre la qualité de leur politique d’hygiène hospitalière à l’aide de ces indicateurs. Cette démarche est particulièrement d’actualité compte tenu de l’importance des phénomènes d’antibiorésistance observés dans les hôpitaux et de l’apparition croissante de souches bactériennes multirésistantes.

De nombreux indicateurs pris en compte

Dans cette étude, on distingue quatre catégories d’indicateurs : six indicateurs d’organisation (correspondant à un score de qualité total de dix), huit indicateurs de moyens (avec un score de qualité total de neuf), cinquante-sept indicateurs d’actions (avec un score de qualité total de septante-neuf) et un indicateur de processus (avec un score de qualité de deux). Un score de qualité pondéré est ainsi attribué à chaque indicateur. Par groupe d’indicateurs, un score de qualité peut être calculé en sommant les scores d’indicateurs individuels pondérés faisant partie de ce groupe. Un score de qualité global peut aussi être calculé par hôpital. Des analyses sont également réalisées par plateforme régionale (il en existe neuf en Belgique), par région et pour le royaume en agrégeant les résultats individuels. Trois classes de qualité sont également définies : faible (score de qualité < 66,6 %), moyenne et bonne (score de qualité ≥ 80 %). 

Résultats positifs pour les hôpitaux

Pour 2018, 102 hôpitaux (12 hôpitaux à Bruxelles, 53 hôpitaux en Flandre et 37 hôpitaux en Wallonie) ont enregistré des données relatives aux indicateurs de qualité. 

Le tableau 1 présente le pourcentage des hôpitaux qui se situent dans la classe de qualité « bonne » définie par un score de qualité ≥ 80 % et notifie le score global de qualité médian.

Belgique n=102 BXL n=12 Flandre n=53 Wallonie n=37 Hôpitaux santhea n=29
Ind. d’organisation (% hôp avec score ≥ 8/10) 92 92 91 95 90
Ind. de moyens (% hôp avec score ≥ 7/9) 97 100 98 95 97
Ind. d’actions (% hôpitaux avec score ≥ 63/79) 83 75 91 76 76
Ind. de processus (% hôp avec score > 0/2) 42 67 51 22 41
Ind. global (% hôp avec score ≥ 80/100) 84 75 92 76 76
Ind. global (score de qualité médian/100)
90 88 91 90 88

Globalement, on peut relever le bon comportement des hôpitaux pour l’ensemble du projet indicateurs, car seulement 2% des hôpitaux ont obtenu un score faible. Les performances des groupes d’indicateurs d’organisation, de moyens et d’actions sont très bonnes, seuls 6%, 3% et 2% des hôpitaux présentent respectivement un score faible pour ces catégories d’indicateurs.

Parmi les 102 hôpitaux repris dans le rapport, 29 sont affiliés à santhea. L'étude de la proportion d'hôpitaux classés "bons", selon la limite définie dans le rapport (score ≥ 80%), révèle un bon positionnement des membres de la fédération pour chaque groupe d'indicateurs. Une tendance qui se confirme au niveau du score médian de l’indicateur global, évalué à 88 pour les membres de santhea contre 90 au niveau national.

Le tableau 2 expose une comparaison du pourcentage moyen d’hôpitaux belges répondant à chaque indicateur individuel existant depuis 2013 (certains indicateurs ont été ajoutés au cours des années). Il montre une tendance nette à l’amélioration du suivi des critères repris dans le questionnaire soumis aux hôpitaux, même si une relative stagnation se marque en 2018 par rapport à 2017.

2013 n=104 2015 n=103 2016 n=104 2017 n=103 2018 n=102
Indicateurs d’organisation 79 93 95 96 95
Indicateurs de moyens 82 89 93 95 95
Indicateurs d’actions 60 78 84 86 86
Indicateurs de processus 43 42

Philippe Lejeune, conseiller médical de santhea, souhaite cependant nuancer les résultats de cette étude et invite à explorer de nouvelles pistes de réflexion. « Tout d’abord, il est important de souligner que les données fournies par les hôpitaux ne sont pas validées et devraient l’être par une structure indépendante. Par ailleurs il serait pertinent de tester l’utilité des programmes mis en œuvre en les confrontant à des indicateurs de résultats, comme le niveau d’antibiorésistance des souches bactériennes, la prévalence des infections nosocomiales ou encore l’incidence des complications infectieuses. Ensuite, la législation actuelle relative au nombre de médecins et infirmiers hygiénistes devrait être revue et adaptée en fonction des besoins actuels en prévention des infections en Belgique et enfin, l’intégration des indicateurs de qualité en hygiène hospitalière dans un seul projet général relatif à la mesure et à l’amélioration de la qualité des soins à l’hôpital serait intéressante afin de diminuer la charge de travail du personnel chargé de la collecte des données et de favoriser l’efficacité de la mesure de la qualité des soins. A cet égard, les démarches d’accréditation en cours aujourd’hui dans la plupart des hôpitaux et les ressources mises à disposition par la Plateforme pour l’Amélioration continue de la Qualité des soins et de la Sécurité des patients (PAQS) paraissent particulièrement intéressantes. » insiste-t-il.

Des équipes dévouées et expertes

Au quotidien, de nombreux collaborateurs hospitaliers issus de différents services prennent part à la prévention des infections nosocomiales. Cependant, une cellule « hygiène hospitalière » composée d’infirmières et d’infirmiers, de médecins ou encore de techniciens de laboratoire par exemple, pose le cadre et joue ainsi un rôle moteur au sein de l’établissement.

Le Dr Mélanie Delvallée, infectiologue et médecin hygiéniste, nous explique son rôle au sein de la cellule hygiène hospitalière du Centre Hospitalier de Wallonie Picarde (CHwapi). « J’interviens au sein d’une équipe composée d’infirmiers et on y fait plusieurs choses. On instaure notamment des politiques de prévention à appliquer à l’ensemble de l’établissement, on fixe des objectifs par unité avec la mesure d’indicateurs précis, on veille à la mise en place de formations et à l’acquisition de nouvelles connaissances. On mène également des actions ciblées et réalisons de nombreux audits. Nous devons avoir les yeux et les oreilles partout ! Lorsqu’une situation à risque survient, on réagit afin de trouver des solutions et ensuite on réfléchit à comment s’améliorer. On a une politique interne de mesure et d’autoévaluation forte car on veut sans cesse faire progresser nos pratiques. On essaye d’intervenir en amont, afin d’éviter d’éteindre un incendie en cours. ».

 « Au niveau du laboratoire, nous essayons d’identifier les patients porteurs de germes ou de maladies potentiellement transmissibles aux autres patients. Quand cela s’avère nécessaire, nous assurons donc des mesures de confinement afin de garantir la sécurité des autres patients. La prévention est un élément extrêmement important pour nous. Nous travaillons avec quatre infirmiers hygiénistes, ce qui est déjà beaucoup et représente un coût pour un hôpital de notre taille mais heureusement la direction nous a tout de même donné les moyens techniques et humains dont nous avions besoin », complète Pierre Struyven, microbiologiste et hygiéniste hospitalier au sein de cette même cellule.

L’accréditation pour se perfectionner

Dans une démarche d’amélioration continue et de manière totalement volontaire, de plus en plus d’hôpitaux intègrent des programmes d’accréditation. L’hygiène hospitalière étant une matière qui nécessite des mises à jour régulières concernant les connaissances et les pratiques, les équipes d’hygiénistes hospitaliers y sont particulièrement attachées.

« C’est toujours important d’avoir un regard extérieur sur nos pratiques. Nous avons obtenu l’accréditation platine d’Accréditation Canada fin juin, mais nous travaillons avec eux depuis plus d’un an et demi. Ils nous ont énormément aidé à faire bouger les choses et à nous améliorer. Ils sont neutres et n’ont aucun parti pris, c‘est vraiment plus simple d’avoir quelqu’un de l’extérieur pour analyser notre travail, ça donne plus légitimité à nos actions. De plus l’image de l’hôpital est également engagée et à l’ère des réseaux, c’est une réelle plus-value. », explique Pierre Struyven.

Lorsqu’un hôpital décide d’intégrer un programme d’accréditation, c’est l’ensemble de l’établissement qui s’investit et qui apporte sa pierre à l’édifice, tous départements et services confondus. Le Centre Hospitalier Régional de la Citadelle a d’ailleurs intégré sa démarche d’accréditation dans sa stratégie générale, comme l’affirme, Lydia Beque, infirmière chef de service en hygiène hospitalière au CHR de la Citadelle.

« L’axe principal pour nous en 2019 a été de faire vivre la démarche d’accréditation dans laquelle nous nous sommes engagés, faire percoler les informations jusqu’au terrain, emmener avec nous chaque collaborateur dans la conviction que c’est possible et souhaitable, afin qu’ils soient moteur du changement, et que chacun trouve sa place dans ce projet. Nous avons mis en œuvre beaucoup d’efforts, d’informations et de formations (sur l’année 2019, environ 1300 collaborateurs auront reçu une formation concernant les objectifs internationaux de sécurité, dont l’hygiène des mains). Nos efforts ont également porté vers la prise de conscience du niveau de qualité et de sécurité dans lequel nous nous trouvons et la mise en œuvre d’actions pour améliorer ce niveau, tant sur terrain qu’au niveau managérial, entre pôles et au niveau institutionnel. »

La qualité des soins et la sécurité des patients constituent un enjeu primordial pour les hôpitaux et c’est en ce sens que les cellules d’hygiène hospitalière et les cellules qualité et sécurité travaillent au déploiement de diverses stratégies. Les résultats de la dernière étude menée par Sciensano démontrent que les hôpitaux belges s’organisent de mieux en mieux pour prévenir les infections liées aux soins de santé et veillent à ce que les politiques d’hygiène hospitalière soient de plus en plus efficaces.

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