Immersion et responsabilisation, la nouvelle ère des stages infirmiers

Les stages sont généralement des moments privilégiés pour les étudiants infirmiers. Cependant, certains établissements hospitaliers n’hésitent plus à briser les codes de l’apprentissage en considérant les stagiaires comme des jeunes professionnels, membres à part entière de l’équipe soignante. Le Centre Hospitalier de Mouscron (CHM) est l’un d’entre eux et s’est donné pour mission d’offrir une nouvelle expérience aux étudiants infirmiers.

Premiers pas dans le monde professionnel

Chaque année, les hôpitaux accueillent des stagiaires en vue de les former à leur futur métier. Observer, apprendre et réaliser les premières actions de terrain sont tant de choses qui permettent aux stagiaires de découvrir et d’appréhender l’environnement professionnel dans lequel ils seront amenés à évoluer quelques mois plus tard. C’est incontestablement un moment charnière dans leur parcours étudiant « L’apprentissage clinique est fondamental, au vu de la part importante de l’aspect technique des prestations de soins dans le métier infirmier. La mise en situation permet également d’apprivoiser le milieu hospitalier ce qui permettra au personnel de dispenser les soins, de façon confortable, dans les meilleures conditions de qualité et de sécurité. Il faut pouvoir garantir aux patients qu’ils ne sont pas des cobayes, sur lesquels les étudiants vont s’exercer. Enfin, il est important que chaque étudiant puisse, le plus rapidement possible, observer et comprendre son futur milieu de travail. », explique Colette Jacob, Conseiller & Médiateur Hospitalier chez santhea.

Cependant, le secteur de la santé étant en perpétuelle évolution, les réalités de terrain sont changeantes. De ce fait, il est important que les pratiques en termes d’apprentissage des soins infirmiers puissent également évoluer. « La médecine n’est pas une science exacte, et est par ailleurs en constante évolution. Les connaissances scientifiques et les techniques de soins qui en découlent et qui sont enseignées, doivent être régulièrement remises en question et actualisées. », ajoute Colette Jacob. Conscients de cela, certains établissements hospitaliers, en collaboration avec des acteurs de l’enseignement, décident de repenser leur offre de stage.

Apprendre et faire apprendre différemment

Chaque année, le Centre Hospitalier de Mouscron accueille 600 stagiaires au sein de son département de soins. Dans ce cadre, l’hôpital collabore avec deux écoles, dont la Haute École Louvain en Hainaut (HELHa). Cette collaboration entre le CHM et la HELHa a cependant pris un nouveau tournant et a ainsi mené à l’instauration d’une nouvelle méthode d’apprentissage innovante. Initiée par Andy Meulemeester, Infirmier en chef du service de Cardiologie de l’établissement, l’implémentation du projet « Lieu d’Apprentissage et de Travail » ou « LAT » au sein d’un hôpital est une grande première en Wallonie. Selon lui, il était urgent et surtout essentiel de réduire l’écart entre la théorie et la pratique. « La mise en place de cette nouvelle méthodologie d’apprentissage qui nous a été présentée par Evelyne Carels, la Directrice Nursing, permet de faciliter le pas qui reste à franchir entre le moment où l’on sort de l'école d'infirmiers et d’infirmières, diplôme en poche, et celui où l'on rentre dans le monde du travail. J'emploie le terme « pas », mais nous pouvons clairement parler d'un « fossé » séparant la réalité enseignée à l'école et la réalité de terrain. C'est le suivi qui est réalisé par nos ICANE[1] et par les infirmiers en chef auprès des nouveaux engagés qui a mis en évidence des déficits dans certaines compétences comme l'organisation, la communication ou encore le leadership infirmier, par exemple. »

Séduite par l’idée et convaincue du fait que l’apprentissage du métier infirmier doit se faire en immersion complète, l’équipe du service de Cardiologie du CHM a accueilli, du 3 mai au 4 juin 2021, 16 stagiaires, pionniers d’une expérience unique, qui profite aussi bien aux stagiaires qu’aux soignants qui les accompagnent. Andy Meulemeester en détaille les avantages : « Pour les soignants, le premier bénéfice réside dans la manière de suivre l'élève. En appliquant cette méthodologie, il fait un pas en retrait pour laisser l’opportunité à l'étudiant de devenir un acteur de première ligne. Le soignant, pour sa part, prend un rôle de tuteur passif et devient une personne-ressource pour le stagiaire. Par ailleurs, l’étudiant dispose d’un regard critique intéressant. Forts de leurs 4 années d'apprentissage, ils ont souvent un regard très riche sur nos pratiques et habitudes... relevant même certains écarts qu'il serait bon de rectifier ! Concernant les apprentis, grâce à ce type de stage, ils peuvent développer des compétences qu’ils ont peu l’habitude de travailler au cours d’un stage conventionnel, où ils exécutent ce qu'on leur demande. Dans un stage LAT, en première ligne, ils traitent toutes les demandes, doivent organiser et coordonner leurs actions avec leurs collègues ainsi qu’avec les autres intervenants. Nous encourageons la multidisciplinarité. »

Aussi intéressant et enrichissant que le projet puisse être, donner une telle responsabilité à des étudiants pourrait faire peur aux principaux concernés : les patients. À ce sujet, Andy Meulemeester assure qu’il n’y a aucune différence pour les patients bénéficiant de l'attention des étudiants du projet LAT et explique même avoir été agréablement surpris par leur attitude à l’égard des apprentis impliqués dans le projet. « Durant la période de stage, nous avons adressé une lettre type aux patients expliquant l’intérêt du stage. Nous n'avons eu que très peu de refus de soins de leur part. Ces derniers ont vraiment bien joué le jeu. Ils ont collaboré et ont rempli leurs questionnaires de satisfaction. Dans nos objectifs de stage, nous avions tablé sur une satisfaction au moins égale à celle du service dans sa prise en charge habituelle et notre premier dépouillement (partiel pour le moment) va clairement dans ce sens ! Par ailleurs, le nombre de questionnaires de satisfaction reçus a bondi au cours de cette période de stage, car il a été de 100% tandis que nous sommes parfois sous la barre des 20% en temps normal... Les élèves comme les patients ont perçu l'enjeu que ce projet représente. »

Le but d’un stage étant d’apprendre, les erreurs sont dès lors inévitables. Ce risque a été pris en considération et intégré dans la réflexion de la mise en pratique de ce stage d’immersion. Andy Meulemeester et son équipe mettent un point d’honneur à enrayer la honte et la culpabilisation qui pourraient surgir à la suite d’un incident. « Dans un stage habituel, les étudiants peuvent être exposés à une erreur grave, qui peut mener à l'échec de celui-ci. Il n’est pas question de cela ici. Si une erreur de ce type venait à survenir, elle serait directement transformée en « Événement indésirable » et gérée comme nous avons l’habitude de le faire. Il n’y a pas de chasse aux sorcières et pas de recherche de coupables, mais plutôt une analyse complète de l'événement afin de comprendre ce qui l'a amené et surtout, comment éviter qu’il ne se reproduise. D’ailleurs, durant le stage, chaque élève devait me soumettre une situation interpellante (parfois considérée comme EI) qu’il avait vu. Chaque vendredi, nous débriefions ces situations en petits groupes composés d’élèves, de professeurs, d’une ICANE, de l’Infirmier-chef, de membres de l'équipe ainsi que d’un Cadre intermédiaire. »

Test réussi !

Le stage LAT s’est terminé depuis peu au sein du service de Cardiologie et à l’heure des premiers bilans, les avis sont unanimes : l’essai de cette nouvelle méthode d’apprentissage fut une belle réussite. Cette expérience sera d’ailleurs sans doute étendue à d’autres unités de l’établissement au cours des prochains mois. « Les retours des soignants sont globalement positifs. Il faut savoir que toutes les infirmières avaient bénéficié d'une petite formation sur le tutorat, dispensée par une firme extérieure. Cette formation a permis de « lisser » tant que possible les différences d'approche que les personnes peuvent avoir en termes de pédagogie. Maintenant, soyons honnête c'est un exercice qui convient plus aux uns qu'aux autres, mais dans l'ensemble tout le monde a bien joué le jeu. Concernant les étudiants, les retours sont très positifs. Les bénéfices en termes d'aptitudes à l'organisation, la coordination, la collaboration, le leadership sont énormes. De leurs propres aveux, beaucoup d'élèves ont passé un réel « cap », surtout concernant leur confiance en eux. Ce cap, ils doivent habituellement le passer avec la casquette de nouvel engagé… Ici c'est fait ! Ils ont ainsi pris de l'avance dans leur parcours professionnel. »

Fine connaisseuse de la profession infirmière, notamment grâce à son expérience professionnelle, Colette Jacob tient à souligner l’importance d’initier de tels projets au sein des établissements hospitaliers, et ce dans le but d’améliorer la formation des étudiants, mais également celle des soignants qui les forment. « Je pense personnellement que l’accompagnement des étudiants constitue une sorte de « formation permanente informelle » pour le personnel : pour être à la hauteur de la tâche, il doit maîtriser parfaitement les aspects théoriques et pratiques de son métier. Tout praticien doit être capable de remise en question : compréhension des gestes posés, des pathologies dont souffrent les patients, du suivi des patients, de l’application de la méthode dite « des transmissions ciblées », de l’informatisation du dossier patient, etc. Par ailleurs, les étudiants doivent être accueillis de façon optimale pour pouvoir apprivoiser ce milieu complexe et difficile. Ils doivent en outre être accompagnés au cours de toutes les étapes de leur travail : au sein de l’équipe de soins, au moment de remises de services, lors de la documentation des soins à planifier (le dossier patient), et bien évidemment au chevet des patients. » Toujours selon Colette Jacob, il est important de soumettre les étudiants au même rythme que celui des soignants « J’ai personnellement appliqué cette procédure d’accompagnement des étudiants, en veillant à définir un quota maximal d’étudiants par équipes de soins et ce, de façon équitable et équilibrée au sein des différents services, pour des prestations de jour et de nuit. Les horaires dits « de soir » doivent également faire partie intégrante des horaires des étudiants. »

[1] Infirmière chargée de l’accueil des nouveaux engagés

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