COVID-19 : quand la santé mentale préoccupe !

La crise COVID-19 a mis la santé mentale de l’ensemble de la population à très rude épreuve. La pandémie ainsi que les mesures l’accompagnant ont, en effet, eu des conséquences néfastes sur la santé psychique des citoyens. Désireux de mieux comprendre cette problématique et surtout d’y répondre, certains hôpitaux, et les services de psychiatrie qui y sont associés, ont développé diverses initiatives. Le Centre Hospitalier Universitaire Brugmann (CHU Brugmann) et l’hôpital Erasme nous présentent deux d’entre elles.

Les effets du confinement étudiés à la loupe

Pour freiner la propagation du virus, les autorités belges ont opté pour une stratégie de confinement du pays. Cette mesure exceptionnelle s’est imposée du jour au lendemain sans que les Belges n’y soient préalablement préparés. Leur quotidien et tous les aspects qui l’entourent ont radicalement changé. Physiquement éloignés de certains de leurs proches, parfois anxieux à l’idée de contracter le virus ou encore devant jongler entre leur vie privée et leur vie professionnelle, cette période de confinement a pu se révéler être une épreuve difficile à vivre pour certains.

Par ailleurs, la période de déconfinement accompagnée des nouvelles habitudes à prendre et des nouveaux gestes à adopter est vécue comme un nouveau chamboulement. Au vu du caractère exceptionnel de la situation que nous vivons et des nombreuses répercussions qu’elle engendre, il est important pour certains professionnels de la santé mentale de mieux comprendre comment la population a vécu le confinement et comment, aujourd’hui, elle vit le déconfinement. De nombreuses études se sont d’ores et déjà penchées sur le sujet. Cependant, à côté des études et des recherches réalisées par les universités et les instituts dédiés à la santé, les hôpitaux ont également décidé de s’y intéresser à l’instar du CHU Brugmann.

Comprendre pour mieux anticiper

À l’initiative du projet « Confinement/Déconfinement : comment allez-vous ? », deux médecins, le Dr Catherine Hanak, Chef de Clinique en psychiatrie au CHU Brugmann et le Dr Estelle Soukias, Résidente en psychiatrie au CHU Brugmann. Au départ uniquement destinée à comprendre l’effet des mesures sanitaires sur un public restreint, les deux docteurs ont étendu l’étude à un public plus large. « Tout au long de la crise, nous avons continué à être en contact avec nos patients par téléphone ou par vidéoconférence et nous avions donc leur retour. C’est ce retour de nos patients qui nous a fait réfléchir et nous avons ainsi développé toute une réflexion sur l’impact positif ou négatif qu’a pu avoir le confinement sur eux. Nous avons été confrontées à toute une série d’observations et nous voulions les objectiver. C’est pour cela que nous avons lancé un questionnaire. Dans un premier temps nous nous sommes concentrées sur les personnes plus fragiles psychologiquement et à présent, nous souhaitons savoir ce qu’il en est de la population en général. » explique le Dr Soukias.

Étonnamment, chez certains patients le confinement a eu des effets bien moins négatifs que prévu sur leur santé psychique. Une constatation qui a intrigué l’équipe de psychiatres du CHU Brugmann et qui l’a mené à lancer cette enquête. « Nous nous attendions à ce que tous nous patients aillent très mal et nous étions très surprises de constater que même si c’était le cas de certaines personnes dont la condition s’était effectivement aggravée, d’autres, au contraire, ont traversé cette épreuve en se sentant comme d’habitude et certaines semblaient même se porter mieux que d’habitude. Nous nous sommes donc demandées quels facteurs mettre en évidence et nous voulions surtout savoir si cela concernait tout le monde. À présent, nous voulons d’abord savoir quelle proportion s’est sentie plus mal, quelle proportion s’est sentie comme d’habitude et quelle proportion s’est sentie mieux. Ensuite, nous souhaitons analyser dans quels domaines exactement. » détaille le Dr Hanak.

Au-delà de vouloir objectiver certaines observations et d’ainsi mieux comprendre les conséquences psychologiques des mesures de confinement et de déconfinement sur la santé mentale, ce questionnaire anonyme a aussi pour objectif d’anticiper certaines nouvelles difficultés psychosociales liées à ces situations. Les deux psychiatres souhaitent en effet capitaliser sur les résultats et les enseignements tirés de cette étude clinique : « À côté du but de compréhension, nous voulons utiliser les résultats pour formuler des propositions de choses à mettre en place au cas où cela devrait arriver à nouveau. ». Dans l’optique d’une seconde vague ou d’une nouvelle pandémie, les résultats de cette étude et les propositions d’actions qui en découleront serviront à mieux préparer la population à vivre ce type d’événement. « On veut comprendre ce qu’il faut faire, ce qu’il ne faut pas faire, sur quoi prendre appui et ce que l’on doit préparer. » souligne le Dr Hanak.

Des outils préventifs

Tout au long de la crise, les personnes exerçant dans le milieu médical font partie des nombreux travailleurs qui sont restés au front. En face à face avec le virus, ces professionnels ont vécu une période très intense et éprouvante. Au vu de la situation, de nombreux organismes et certaines autorités compétentes en matière de santé ont développé des outils et des ressources utiles à la gestion du soutien psychosocial des intervenants des institutions de soins de santé. Le SPF Santé publique et la Croix Rouge, par exemple, ont développé deux modules d’e-learning ainsi que des infographies à destination des acteurs médico-psychosociaux et des responsables d’équipe afin qu’ils puissent avoir les outils nécessaires leur permettant de venir en aide aux acteurs de première ligne. Sur le terrain, les institutions ont également pris diverses initiatives visant à soutenir et à préserver la santé mentale de leurs personnels. À côté de son étude clinique, le CHU Brugmann, par exemple, a initié de nombreux projets visant à aider concrètement et directement les personnes en difficultés psychiques durant la crise COVID-19. L’hôpital Erasme a, pour sa part, créé une cellule dédiée au soutien psychologique de son personnel.

À l’écoute

En temps normal, Annick Petiau, psychologue clinicienne de l’hôpital Erasme, a pour fonction de fournir un soutien aux travailleurs autour de questions cliniques, éthiques, relationnelles ou encore en lien avec le burn-out. Sandra Billy, chef du service aspects psychosociaux de l’hôpital Erasme et de l’Université libre de Bruxelles, quant à elle, gère les missions de l’ensemble des conseillers en prévention aspects psychosociaux. Pour la gestion de la crise COVID-19, les deux femmes se sont associées et ont constitué une plateforme de support psychosocial à l’attention du personnel de l’établissement. Dès le 16 mars, un soutien institutionnel s’est donc mis en place pour offrir une oreille attentive aux membres du personnel qui en auraient besoin. « Lors d’événements significatifs, comme les attentats par exemple, nous avions déjà fonctionné de cette manière-là. Nous avons adopté une approche commune et proactive afin d’offrir un support utile. Si nous avions dû attendre que la demande émerge du personnel, nous aurions déjà perdu beaucoup de temps car il y a une certaine difficulté à se reconnaitre comme ayant potentiellement besoin d’aide. » décrit Sandra Billy.  

Concrètement, cette plateforme se décline en plusieurs supports. Une ligne d’appel téléphonique disponible du lundi au vendredi de 8h à 22h, une boîte mail ainsi que du support individuel ou en groupe dispensé en présentiel ont ainsi été mis à disposition du personnel de l’hôpital. « Au travers de ces différents canaux, nous souhaitons démultiplier les voies d’accès et ainsi donner l’opportunité à n’importe quel travailleur de nous contacter et ce, qu’il soit présent ou absent de l’hôpital. » rapporte Annick Petiau. « La plateforme est destinée au personnel impliqué directement dans la prise en charge du virus ou non directement impliqué. On ne voulait pas créer de clivage par la définition même de l’aide qui était proposée. » rajoute Sandra Billy.

Gestion des émotions

Accompagnées de deux autres conseillers, Sandra Billy et Annick Petiau ont déjà aidé de nombreuses personnes au sein de leur établissement via ce dispositif. La gestion du stress, de l’anxiété et de l’incertitude a été un sujet récurrent en lien tant avec les spécificités de la crise COVID-19 et de l’accompagnement des fins de vie, qu’au vu des multiples réorganisations internes. Dans de nombreux cas, l’équipe a été confrontée à des difficultés liées au sommeil et à l’alimentation. Au vu de ces nombreuses problématiques rencontrées par le personnel, la plateforme a été accueillie très positivement en interne. « Le démarrage a été immédiat. Aujourd’hui, les demandes évoluent un peu avec notamment les supports de groupe qui augmentent. Il y a aussi eu un effet de bouche à oreille. Au-delà de la diffusion des affiches et des brèves sur notre intranet, les discussions entre collègues ont également été bénéfiques. C’est toujours difficile quand on est soignant d’aller voir des psys mais nous avons directement mis l’accent sur l’aspect préventif en expliquant que c’était tout à fait légitime de partager son vécu de soignant dans un moment tout à fait atypique, très dense et très chargé émotionnellement. Les gens ont en fait été rassurés que l’on n’ait pas transformé les soignants en patients. C’est vraiment devenu quelque chose de naturel, de recommandé et non tabou. » souligne Annick Petiau.

Les groupes de « partage » sont appréciés au sein de l’établissement. Sorte de parenthèse aidant à la gestion émotionnelle des difficultés, ils permettent également de partager des moments légers et parfois même de traduire et mettre des mots sur la dynamique positive vécue sur le terrain. « Il y a déjà eu beaucoup de rires au cours de ces sessions. La solidarité unissait tout le monde. Ils nous ont souvent dit que la crise COVID-19 leur prenait beaucoup mais qu’elle leur donnait beaucoup aussi car c’était une sorte de reconnexion à l’institution, aux collègues et à l’essence même de leur vocation. Faire partie de cette aventure-là a vraiment été connoté positivement. » affirme Sandra Billy.

Toujours en place

Aujourd’hui, la crise sanitaire est sous-contrôle et les choses se sont peu à peu normalisées, pourtant la plateforme est toujours active au sein de l’hôpital Erasme. La menace du contrecoup pesant sur la tête de certains membres du personnel, l’équipe reste en effet mobilisée. « Symboliquement nous avons fait le choix de ne pas arrêter la ligne téléphonique et l’adresse mail pour ne pas envoyer le signal qu’il n’est plus temps de ressentir tout cela. C’est important de rappeler la densité de choses qui se sont passées en trois mois. Le stress des premiers moments commence à peine à diminuer et certaines personnes commencent à réaliser ce qu’il s’est passé. Je pense que l’on est encore parti pour quelques temps et que nous aurons encore des demandes à la rentrée. » conclut Annick Petiau.

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