Carte blanche : La crise sanitaire COVID-19 – Une opportunité pour repenser entièrement l’accompagnement de nos aînés dans les collectivités résidentielles ?

Cela fait maintenant sept mois que nous sommes plongés dans cette terrible pandémie. L’apparition du virus sur notre territoire a engendré de terribles conséquences sanitaires, économiques, sociales et politiques. Le secteur de la santé a été lourdement impacté. En cette journée internationale des personnes âgées, il nous semblait important d’aborder la question de la gestion de la crise par les établissements pour aînés ainsi que de souligner ce que la crise COVID-19 a révélé du système actuel.

Depuis le début de cette crise, les maisons de repos (et de soins) n’ont jamais cessé de se battre et luttent, encore aujourd’hui, pour préserver la santé et le bien-être de leurs résidents. Tandis que le confinement et la mise en place de mesures de précaution ont complètement bouleversé le quotidien des personnes âgées, la prise en charge des malades atteints du virus, la mise en oeuvre des directives ainsi que la gestion des tâches quotidiennes ont rythmé les journées très éprouvantes des gestionnaires d’établissements et de leurs équipes. Pour ne rien arranger à la situation, les maisons de repos (et de soins) ont été mises, à leur insu, sous le feu des projecteurs et cette exposition a écorné l’image du secteur. Pourtant, la passion et l’engagement des équipes de terrain n’ont jamais fait défaut !

Les établissements pour aînés ont géré, et gèrent toujours, la situation comme ils le peuvent, avec les moyens mis à leur disposition. Cette crise, aussi douloureuse soit-elle, a permis de révéler le manque de ressources dont souffre le secteur des aînés, depuis plusieurs années déjà. Aujourd’hui, la crise n’est pas terminée mais il faut, d’ores et déjà, pouvoir en tirer les premières leçons. Quelques pistes de réflexion s’offrent à nous. Ne faudrait-il pas notamment repenser et réinventer le système d’accompagnement des aînés afin qu’il corresponde mieux aux attentes et aux besoins de nos adultes âgés ?

Il s’agit à présent de revoir l’ensemble des dispositions réglementaires afin de garantir un accueil et un hébergement de qualité : normes de personnel, normes de fonctionnement, ou encore démarche d’amélioration continue de la qualité, afin de trouver le juste équilibre entre les libertés individuelles et la vie en collectivité. Ces normes ne pourront être partagées par l’ensemble des acteurs de l’établissement que si elles donnent du sens à l’accompagnement et sont en parfaite adéquation avec le projet institutionnel.

Nous devons nous saisir des enseignements de la crise pour insuffler un vent de renouveau, auquel rallier les politiques. Si nous travaillons ensemble et en poursuivant un objectif commun, nous pourrons ainsi espérer bénéficier de mesures législatives et de refinancement favorables au secteur.

À l’heure actuelle, nous avons toujours la tête dans le guidon et il nous faut rester prudent. La crise n’est malheureusement pas terminée et la période hivernale s’annonce, une fois de plus, difficile à gérer. Cependant, nous gardons un regard tourné vers l’avenir.

Avant de proposer quelques pistes de réflexion, quelques faits sont à prendre en considération :

• La grande majorité des aînés souhaitent rester le plus longtemps possible au domicile ;
• Seuls 9,4 % des 70 ans et plus sont en MR-MRS ;
• La durée moyenne de séjour en établissements pour aînés est de trois ans (personnes de plus en plus fragilisées dès l’entrée) ;
• Le modèle de financement actuellement appliqué au secteur des aînés est un modèle construit, en partie, sur un modèle purement hospitalier où l’on finance la dépendance physique et psychique ;
• Le secteur des aînés est prisonnier de la croyance « aîné = maladie = dépendance » et d’une base réglementaire de plus de 20 ans, il s’agit à présent de revoir significativement les dispositions réglementaires.

Un nouveau modèle, une nouvelle philosophie

À la lumière de ces constats, des mesures fortes et opportunes pour le futur du secteur peuvent être prises. Cependant, pour repenser le modèle, il faut tout d’abord se questionner sur la place que devraient tenir les MR-MRS dans les dispositifs d’accueil et d’hébergement pour aînés. Pour santhea, il est clair que les MR-MRS doivent s’inscrire dans un système intégré de santé en lien étroit avec les acteurs du domicile, l’ambulatoire et les réseaux hospitaliers. Les MR-MRS sont avant tout des lieux de vie mais qui doivent pouvoir bénéficier d’expertises externes médicales-paramédicales et d’un soutien Ressources humaines (via des Equipes Mobiles d’Urgence) rapides en cas de crise sanitaire ou autre.
Par ailleurs, le financement des MR-MRS est actuellement principalement consacré à la partie « soins ». De ce fait, les soins restent le moyen principal d’atteindre l’objectif numéro 1 qui doit animer tous les acteurs du secteur : assurer le bien-être de chaque résident. Pourtant, au fil du temps, les besoins et les attentes des résidents ont évolués et bien que les soins soient importants, ils sont considérés comme non prioritaires pour une grande partie d’entre eux. Il faut donc pouvoir s’adapter à cette évolution et ainsi revoir la philosophie et le sens de l’accompagnement en MR-MRS.

Comment ?

• En proposant un accompagnement basé sur le projet individuel co-construit avec le résident, sa famille et l’équipe encadrante et garantissant les libertés individuelles de chacun dans un cadre de vie communautaire ;
• En proposant un management participatif qui puisse définir les valeurs de l’institution et donnant du sens au travail de chacun ;
• En développant des initiatives qui renforcent la participation de chaque résident tels que l’autodétermination, le modèle Tubbe, etc. ;
• En renforçant la démarche d’amélioration continue de la qualité dans chaque MR-MRS en soutenant les gestionnaires et l’AViQ par une expertise externe ;
• En ouvrant les MR-MRS vers l’extérieur et encourageant tous les projets qui assurent une large mixité (d’âge, de fragilité, …) en lien direct avec les collectivités locales (asbl, club sportif, …) ;
• En renforçant et en diversifiant les normes d’encadrement du personnel afin de diminuer la charge de travail et en permettant ainsi aux gestionnaires de recruter de nouveaux profils en adéquation avec le projet d’accompagnement ;
• En revoyant et en actualisant l’ensemble des formations du personnel des MR-MRS afin d’y inclure de nouvelles compétences de savoir-vivre, de gérontologie, etc. ;
• En garantissant un soutien mental aux résidents ainsi qu’à l’ensemble du personnel via les réseaux ;
• En revoyant les processus d’évaluation qualitatif et quantitatif des maisons de repos en se basant principalement sur le résident.

Nous ne cesserons jamais de rappeler à quel point cette crise fut, et est encore, une période extrêmement compliquée à vivre et à gérer pour le secteur des aînés, de même que pour celui de la santé en général. Cependant, l’avenir n’attend pas et nous devons le préparer. C’est pour cela que nous continuerons à observer les effets de cette pandémie, à pointer les dysfonctionnements du système et à proposer des actions concrètes visant à le faire évoluer.

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